Il est toujours délicat de s'attaquer aux origines d'un personnage mythique du film d'horreur; les récents "Massacre à la tronçonneuse: au commencement" et autres "L'exorciste, au commencement" nous le prouvent malheureusement. Aussi, quand les studios ont annoncé, il y a déjà quelques années, un film relatant la jeunesse de Michael Myers, le tueur d'Halloween imaginé par John Carpenter et Debra Hill dans les années 70, les fans de base avaient de quoi s'inquiéter.
C'était sans compter un réalisateur qui a entretemps connu un succès critique et public en seulement deux films et à qui les studios confient le projet: Rob Zombie.
Le réalisateur, au lieu de bacler son projet et de donner une raison bateau sur l'origine du mal (enfant maltraité, jeté à la poubelle, ...), décide de diviser son métrage en deux parties: une totalement inventée (et absolument fabuleuse) contant la jeunesse et le traitement en asile de Michael, et une autre (moins bonne mais néanmoins très ingénieuse) reprenant la totalité du film de Carpenter, avec des variantes parfois très importantes donnant à Myers un caractère bien plus violent et inquiétant.
La jeunesse de Michael n'est certes pas rose, mais entre un beau-père alcoolique aux penchants pédophiles (incarné par le fabuleux William Forsythe, qui jouait déjà le shériff dans "Devil's rejects" de Rob Zombie) et une soeur nymphomane, il reçoit un amour inconditionnel de sa mère (Sherry-Moon Zombie, émouvante) et adore sa petite soeur d'un an , Laurie. Il est harcelé par un gamin de son école, une petite frappe qui emmerde l'ensemble du bahut.
Myers (campé par Daeg Faerch, un jeune acteur à suivre de près) suit un véritable parcours initiatique dans sa folie meurtière, déclenchée par son beau-père et sa soeur. Il commence par tuer des animaux, ensuite un camarade de classe et enfin son beau-père, sa grande soeur et son petit ami. Il laissera la vie sauve à sa petite soeur, partie innocente de lui-même qu'il recherchera par la suite, et à sa mère, absente de la maison. Il ne peut tuer que masqué, comme si cet artifice lui enlevait toute humanité.
Il est pris en charge par le docteur Loomis (Malcolm Mc Dowell, criant de vérité) et un gardien (Danny Trejo, génial dans un rôle à contre courant de ce qu'il fait d'habitude) lui servira durant 15 ans de figure paternelle. Le traitement échoue, Michael tue une infirmière à coups de fourchette, hurle sur sa mère qu'il tente d'assassiner et s'enferme ensuite dans le mutisme le plus total. Il ne parlera plus jamais et se contentera de fabriquer des masques qu'il n'enlèvera plus jamais. Le choix de Malcolm Mc Dowell dans le rôle du psychiatre n'est certainement pas innocent: son personnage échoue dans sa thérapie et fait de Michael l'incarnation même du mal; on se souviendra de Mc Dowell dans "Orange mécanique", lui aussi encore plus fou à sa sortie d'asile qu'à son entrée. Zombie s'est contenté d'inverser les rôles...
Lors de son évasion, Michael, âgé de 25 ans (incarné par Tyler Mane, acteur au physique impressionnant et vu dans le rôle de Dents de Sabre dans "X-men"), fait un véritable carnage. Le meurtre le plus violent est celui du personnage de Danny Trejo, figure amicale de Michael, seul gardien le traitant en être humain. Le pont de non-retour est atteint; Myers ne croit plus en la bonté humaine et tue de manière sauvage et instinctive.
Le tueur revient dans la maison de son enfance, retrouve son masque (dont on connait enfin l'origine) et son couteau, et part à la recherche de sa soeur Laurie (Scout Taylor-Compton, très crédible). On s'interroge alors sur les motivations de Michael: après de nombreux meurtres, il se retrouve face à sa soeur (qui ignore tout de son passé), lui montre une photo de famille et enlève son masque... Est-ce un dernier appel à l'aide, pour retrouver son humanité? La réaction violente de Laurie réduit à néant ce dernier sursaut et Michael n'aura désormais comme unique but que le meurtre de sa soeur.
Je ne vais pas révéler ici l'ensemble des thèmes évoqués par Zombie, tant ils sont nombreux, ni commenter les grandes différences entre le film de Carpenter et celui-ci; je laisse la surprise au spectateur potentiel. Je parlerai encore du casting très complet et référentiel du film qui est complété, en plus des comédiens déjà cités, par: Bill Moseley ("House of 1000 corpses, Devil's rejects"), Sid Haig ("Kill Bill, House of..., Devil's..."), Ken Foree ("Zombie, Devil's Rejects"), Dee Wallace ("Rencontre du 3ème type"), Brad Dourif ("Vol au-dessus d'un nid de coucou, le Seigneur des Anneaux", la série "Deadwood", la voix de "Chucky"),... Rob Zombie s'entoure vraiment de plus en plus d'une famille d'acteurs, à l'instar de réalisateurs comme Tim Burton, Takeshi Kitano et Guillermo Del Toro.
"Halloween, le mal à un destin" (horrible titre français), est le premier film de commande de Rob Zombie. Il ne nous reste plus qu'à espérer que le jour où des studios revisiteront des créatures mythiques telles que Freddy, Jason et autres croquemitaines, ils feront appel à Rob Zombie, qui représente une conception sérieuse et respectueuse du cinéma de genre qu'espérait toute une génération de fans frustrés par la vague de films d'horreur tout public des années 90.
Back to the 70's!!!!
vendredi 20 juin 2008
Leatherface, massacre à la tronçonneuse III
Je ne vais pas écrire un roman sur ce film qui est une sympathique petite production Z.
Un couple en pleine crise traverse les USA afin de rejoindre la Floride pour tenter de donner une dernière chance à leur relation. En traversant une contrée désertique du Texas, ils vont tomber aux mains d'une famille de dégénérés cannibales.
Rien de bien original dans le scénario de ce film, mais on passe un bon moment de rigolade devant ce film parfois involontairement drôle et bourré de non sens (une héroïne, qui a vu ces deux mains clouées à une chaise, recharge sans peine un fusil à pompe et tire sur tout ce qui bouge, une homme reçoit un coup de couteau dans la jambe et court après comme Ben Johnson, ...).
Pourquoi en parler alors?
Tout simplement pour que le spectateur puisse voir Viggo Mortensen ("Le Seigneur des Anneaux, L'impasse, History of violence, Les promesses de l'ombre, ...) dans le rôle du frère aîné et chef d'une famille d'anthropophages faire face avec un plaisir évident à un des "working actor" les plus cultes du cinéma d'horreur, j'ai nommé Ken Foree.
La trilogie des "Massacres à la tronçonneuse" n'a, mis à part le premier, aucune véritable qualité à signaler, si ce n'est à chaque fois un casting d'acteur talentueux qui ne se prennent à aucun moment au sérieux (le deuxième affichait quand même Dennis Hopper, Bill Moseley et Renée Zelweger).
Les producteurs des nouveaux pourraient prendre exemple car la présence du génial Robert Lee Ermey n'a jamais occulté le côté pénible du scénario et du reste du casting.
Un couple en pleine crise traverse les USA afin de rejoindre la Floride pour tenter de donner une dernière chance à leur relation. En traversant une contrée désertique du Texas, ils vont tomber aux mains d'une famille de dégénérés cannibales.
Rien de bien original dans le scénario de ce film, mais on passe un bon moment de rigolade devant ce film parfois involontairement drôle et bourré de non sens (une héroïne, qui a vu ces deux mains clouées à une chaise, recharge sans peine un fusil à pompe et tire sur tout ce qui bouge, une homme reçoit un coup de couteau dans la jambe et court après comme Ben Johnson, ...).
Pourquoi en parler alors?
Tout simplement pour que le spectateur puisse voir Viggo Mortensen ("Le Seigneur des Anneaux, L'impasse, History of violence, Les promesses de l'ombre, ...) dans le rôle du frère aîné et chef d'une famille d'anthropophages faire face avec un plaisir évident à un des "working actor" les plus cultes du cinéma d'horreur, j'ai nommé Ken Foree.
La trilogie des "Massacres à la tronçonneuse" n'a, mis à part le premier, aucune véritable qualité à signaler, si ce n'est à chaque fois un casting d'acteur talentueux qui ne se prennent à aucun moment au sérieux (le deuxième affichait quand même Dennis Hopper, Bill Moseley et Renée Zelweger).
Les producteurs des nouveaux pourraient prendre exemple car la présence du génial Robert Lee Ermey n'a jamais occulté le côté pénible du scénario et du reste du casting.
mercredi 4 juin 2008
3:10 to Yuma
Daniel Evans (Christian Bale) , fermier de son état et unijambiste depuis la guerre de Sécession, est criblé de dettes et va perdre son ranch dans la semaine. Afin de réunir les 200 dollars nécessaires pour sauver son bien, il accepte d'escorter un dangereux criminel, Ben Wade (Russel Crowe), jusqu' à la gare de Contention où il embarquera dans le train de 3 heures 10 pour Yuma... Mais la route est extrêmement longue jusqu'à la gare et la bande de Wade fera tout pour libérer son chef.
Le western est un genre extrêmement casse-gueule, tant il semble démodé et caricatural aujourd'hui. Mais ce remake du film de Delmer Daves sorti en 1957 est réalisé par James Mangold, papa de "Copland" et de "Walk the line"... autant dire que le projet était en de bonnes mains.
Signalons-le tout de suite: il s'agit, à mon sens, du meilleur western tourné depuis le fabuleux "Impitoyable" de Clint Eastwood en 1994.
Christian Bale ("Equilibrium, American psycho, Batman, Le règne du feu, ...") est tout simplement incroyable de réalisme en fermier au passé trouble, voulant à tout prix sauver les siens et regagner l'estime de son fils aîné de 14 ans même si cela doit lui coûter la vie. A aucun moment il n'est écrasé par l'interprétation excellente de l'oscarisé Russel Crowe ("Revelations, Un homme d'exception, Gladiator, American gangster, ...") qui signe pourtant ici une de ses meilleures performances d'acteur.
Les deux comédiens sont bluffants et n'ont rien à envier aux stars du western, que se soit de John Waine, Lee Marvin, Charles Bronson, Peter Fonda (qui signe ici une apparition de 10 minutes) jusqu'à Clint Eastwood et Kevin Costner.
Tout ce qui fait l'esprit du western se retrouve dans ce film: de magnifiques paysages, des fusillades et attaques de diligences menées tambour battant, des amitiés puissantes qui finissent en trahison, des tenancières de saloon jolies et pas farouches, une population prête aux pires exactions pour gagner de quoi leur faire oublier quelques temps leur misère et leur ratage du rêve américain, une vision parfois très étrange du concept de la loi et de la justice de la part des shériffs et autres chasseurs de primes employés par les "forces de l'ordre".
On peut regretter une intrusion fort courte des apaches lors du passage sur le territoire de Ben Wade et son "escorte". De plus, si ma mémoire est bonne, une attaque de nuit par les Apaches est fort douteuse: les Apaches ne tuent pas la nuit, leur culture les portant à croire que les esprits des hommes tués après le coucher du soleil les hanteront jusqu'à la fin de leur jour.
Mis à part la frustration de ne pas avoir pu assister à un véritable affrontement entre cowboys et indiens, on ne peut être que fasciné par cette impressionnante étude de personnages, abordant des thèmes aussi variés que l'acceptation de soi et de son passé, la rémission des pêchés et le dur passage de l'adolescence à l'âge adulte. Espérons que Christian Bale aura enfin prouvé, face à Russel Crowe, qu'il était capable de donner la réplique aux tout grands du monde du septième art et qu'il trouvera bien plus de rôles à sa (dé)mesure.
Un régal!
Le western est un genre extrêmement casse-gueule, tant il semble démodé et caricatural aujourd'hui. Mais ce remake du film de Delmer Daves sorti en 1957 est réalisé par James Mangold, papa de "Copland" et de "Walk the line"... autant dire que le projet était en de bonnes mains.
Signalons-le tout de suite: il s'agit, à mon sens, du meilleur western tourné depuis le fabuleux "Impitoyable" de Clint Eastwood en 1994.
Christian Bale ("Equilibrium, American psycho, Batman, Le règne du feu, ...") est tout simplement incroyable de réalisme en fermier au passé trouble, voulant à tout prix sauver les siens et regagner l'estime de son fils aîné de 14 ans même si cela doit lui coûter la vie. A aucun moment il n'est écrasé par l'interprétation excellente de l'oscarisé Russel Crowe ("Revelations, Un homme d'exception, Gladiator, American gangster, ...") qui signe pourtant ici une de ses meilleures performances d'acteur.
Les deux comédiens sont bluffants et n'ont rien à envier aux stars du western, que se soit de John Waine, Lee Marvin, Charles Bronson, Peter Fonda (qui signe ici une apparition de 10 minutes) jusqu'à Clint Eastwood et Kevin Costner.
Tout ce qui fait l'esprit du western se retrouve dans ce film: de magnifiques paysages, des fusillades et attaques de diligences menées tambour battant, des amitiés puissantes qui finissent en trahison, des tenancières de saloon jolies et pas farouches, une population prête aux pires exactions pour gagner de quoi leur faire oublier quelques temps leur misère et leur ratage du rêve américain, une vision parfois très étrange du concept de la loi et de la justice de la part des shériffs et autres chasseurs de primes employés par les "forces de l'ordre".
On peut regretter une intrusion fort courte des apaches lors du passage sur le territoire de Ben Wade et son "escorte". De plus, si ma mémoire est bonne, une attaque de nuit par les Apaches est fort douteuse: les Apaches ne tuent pas la nuit, leur culture les portant à croire que les esprits des hommes tués après le coucher du soleil les hanteront jusqu'à la fin de leur jour.
Mis à part la frustration de ne pas avoir pu assister à un véritable affrontement entre cowboys et indiens, on ne peut être que fasciné par cette impressionnante étude de personnages, abordant des thèmes aussi variés que l'acceptation de soi et de son passé, la rémission des pêchés et le dur passage de l'adolescence à l'âge adulte. Espérons que Christian Bale aura enfin prouvé, face à Russel Crowe, qu'il était capable de donner la réplique aux tout grands du monde du septième art et qu'il trouvera bien plus de rôles à sa (dé)mesure.
Un régal!
jeudi 29 mai 2008
L'exorciste, au commencement
La jeunesse du père Merrin, prêtre exorciste du classique de 1973: Merrin est hanté par l'horreur de la 2ème guerre mondiale et a perdu la foi. Nous sommes en 1949: Merrin est chargé par un collectionneur de retrouver sur un site archéologique Kényan un objet rare, une représentation du dieu Pazuzu, qui devrait se situer sous une église byzantine mise à jour par les fouilles. Arrivé sur place, son scepticisme fera place à un retour de foi lorsqu'il va être confronté à un authentique cas de possession.
Réalisé par Renny Harlin, ce film commandé par les studios est d'abord passé entre les mains de nombreux réalisateurs. Autant le dire tout de suite: c'est une bouse infâme, espèce de mixage et copier-coller de scènes qui ont fait le succès du film original.
Le père Merrin est interprété par Stellan Skarsgärd, excellent acteur habitué du cinéma de studio américain... Il livre ici le pire jeu d'acteur de sa carrière; à aucun moment il n'est crédible en prêtre ayant perdu la foi (il resemble plutôt à un mélange d'Indiana Jones de seconde zone et de père Fourras de fort boyard). Son retour vers Dieu se fait à une vitesse sidérante; les formules d'exorcisme employées pour chasser le démon (d'une pauvreté narrative qui laisse baba) fonctionnent en deux temps trois mouvements, en totale contradiction avec le combat des pères Merrin et Karras du film de 1973.
La personne possédée (je ne révèle pas le nom; gardons le "supense") garde étonnamment une très grande liberté de conscience et de mouvement (souvenons-nous du calvaire de la gamine de "L'Exorciste"), ne paraissant possédée que pour le dernier quart d'heure (débile) du film, où les stigmates apparaissent en quelques minutes à peine, figuré par un pâle maquillage honteusement pompé de la Regan du film original. Le démon se contente de proférer des insultes à conotations sexuelles pour lutter contre Merrin; on est très très loin de la confrontation psychologique vicieuse de Pazuzu face à Karras.
Les incohérences sont nombreuses:
- le début du film de 1973 montre un père Merrin, déjà très âgé, responsable de fouille au Kénya. C'est à ce moment qu'il découvre le site maudit. La version critiquée ici montre un père Merrin de tout au plus 40 ans.
- l'exorcisme en lui-même est réglé en une quinzaine de minutes montre en main; l'exorcisme pratiqué par deux prêtres, dont un spécialiste, dans la version de 1973, échoue lamentablement: le père Karras se sacrifie en se faisant posséder par le démon puis en se jetant par la fenêtre.
Les producteurs ont dû penser qu'il suffisait de placer une ou deux scènes "chocs", un maquillage pas joli et une petite scène de contortionnisme (les scènes de la tête à 360° et de l'"araignée" de Regan) pour retrouver l'ambiance proprement terrifiante de l'original.
Ils ont oublié qu'en 1973, il y avait: le roman de base de Blatty, véritable thriller horrifique; la réalisation de William Friedkin, véritable perfectionniste de l'image ne cédant aucune concession aux producteurs, exigeant de ses équipes une implication totale dans ses films; les interprétations sans faute d'Ellen Burstyn (vue récemment dans "Requiem for a dream"), de Max Von Sydow ("Le septième sceau, X-men, A nous la victoire",...) qui est un des plus grands acteurs tragiques de sa génération, de Jason Miller (le père Karras, très crédible dans son doute quant à l'existence de Dieu) et de Linda Blair, hallucinante gamine possédée.
Troquer un réalisateur comme Friedkin ("French connection, Cruising, Police fédérale Los Angeles, Le sang du châtiment, ...") contre un réalisateur de commande, troquer un roman excellent contre un scénario remanié dix fois pour échapper à la censure, troquer un casting prestigieux contre des acteurs pas trop inconnus et bankables, troquer la vision dun film d'auteur contre celle d'un blockbuster, ... Voici la recette miracle pour produire une bonne grosse bouse comme seul le cinéma américain peut en produire!
Réalisé par Renny Harlin, ce film commandé par les studios est d'abord passé entre les mains de nombreux réalisateurs. Autant le dire tout de suite: c'est une bouse infâme, espèce de mixage et copier-coller de scènes qui ont fait le succès du film original.
Le père Merrin est interprété par Stellan Skarsgärd, excellent acteur habitué du cinéma de studio américain... Il livre ici le pire jeu d'acteur de sa carrière; à aucun moment il n'est crédible en prêtre ayant perdu la foi (il resemble plutôt à un mélange d'Indiana Jones de seconde zone et de père Fourras de fort boyard). Son retour vers Dieu se fait à une vitesse sidérante; les formules d'exorcisme employées pour chasser le démon (d'une pauvreté narrative qui laisse baba) fonctionnent en deux temps trois mouvements, en totale contradiction avec le combat des pères Merrin et Karras du film de 1973.
La personne possédée (je ne révèle pas le nom; gardons le "supense") garde étonnamment une très grande liberté de conscience et de mouvement (souvenons-nous du calvaire de la gamine de "L'Exorciste"), ne paraissant possédée que pour le dernier quart d'heure (débile) du film, où les stigmates apparaissent en quelques minutes à peine, figuré par un pâle maquillage honteusement pompé de la Regan du film original. Le démon se contente de proférer des insultes à conotations sexuelles pour lutter contre Merrin; on est très très loin de la confrontation psychologique vicieuse de Pazuzu face à Karras.
Les incohérences sont nombreuses:
- le début du film de 1973 montre un père Merrin, déjà très âgé, responsable de fouille au Kénya. C'est à ce moment qu'il découvre le site maudit. La version critiquée ici montre un père Merrin de tout au plus 40 ans.
- l'exorcisme en lui-même est réglé en une quinzaine de minutes montre en main; l'exorcisme pratiqué par deux prêtres, dont un spécialiste, dans la version de 1973, échoue lamentablement: le père Karras se sacrifie en se faisant posséder par le démon puis en se jetant par la fenêtre.
Les producteurs ont dû penser qu'il suffisait de placer une ou deux scènes "chocs", un maquillage pas joli et une petite scène de contortionnisme (les scènes de la tête à 360° et de l'"araignée" de Regan) pour retrouver l'ambiance proprement terrifiante de l'original.
Ils ont oublié qu'en 1973, il y avait: le roman de base de Blatty, véritable thriller horrifique; la réalisation de William Friedkin, véritable perfectionniste de l'image ne cédant aucune concession aux producteurs, exigeant de ses équipes une implication totale dans ses films; les interprétations sans faute d'Ellen Burstyn (vue récemment dans "Requiem for a dream"), de Max Von Sydow ("Le septième sceau, X-men, A nous la victoire",...) qui est un des plus grands acteurs tragiques de sa génération, de Jason Miller (le père Karras, très crédible dans son doute quant à l'existence de Dieu) et de Linda Blair, hallucinante gamine possédée.
Troquer un réalisateur comme Friedkin ("French connection, Cruising, Police fédérale Los Angeles, Le sang du châtiment, ...") contre un réalisateur de commande, troquer un roman excellent contre un scénario remanié dix fois pour échapper à la censure, troquer un casting prestigieux contre des acteurs pas trop inconnus et bankables, troquer la vision dun film d'auteur contre celle d'un blockbuster, ... Voici la recette miracle pour produire une bonne grosse bouse comme seul le cinéma américain peut en produire!
dimanche 25 mai 2008
L'antre de la folie
Un agent d'assurance, John Trent (Sam Neill, excellent), est chargé par le directeur d'une maison d'édition (Charlton Heston, savoureux) de retrouver la poule aux oeufs d'or de la boîte, Sutter Cane (Jurgen Prochnow). L'écrivain d'horreur a disparu, et avec lui son dernier manuscrit... Trent, cartésien jusqu'au bout des ongles, va doucement basculer dans la folie alors qu'il se rend compte que le monde décrit par l'écrivain est on ne peut plus réel.
Réalisé en 1995, "L'antre de la folie " est, avec "Le Prince des ténèbres", le métrage le plus terrifiant réalisé par John Carpenter. La relation acteur-personnage-réalisateur-spectateur est ici portée à son paroxisme: lequel de ces actants du cinéma joue avec les autres, lequel mène la danse? Cette question, Carpenter se la posait déjà brillamment dans le classique de 1978 "Halloween" avec l'utilisation de la caméra subjective (on ne sait jamais vraiment quand il s'agit d'un simple plan de caméra ou des yeux de Michael Myers, le tueur du film) et tente une réponse avec ce film (à noter qu'il ira encore plus loin dans cette réflexion avec l'incroyable "La fin absolue du monde", épisode de la saison 1 des Masters of Horror que je vais bien finir par présenter sur ce blog). John Trent, au départ maître de son destin, devient le pantin de l'écrivain Sutter Cane. Le film est servi par un casting absolument fabuleux, que ce soit dans les rôles principuax ou dans la figuration: chaque personnage est d'une crédibilité à toute épreuve.
Le film mélange les références réelles (on ne peut s'empêcher de penser à Stephen King avec le personnage de Cane vivant tranquille dans un petit village; le personnage principal porte le prénom du réalisateur, ...) et la culture fantastique (nombreuses références à l'oeuvre de l'écrivain H.P. Lovecraft, la scène de la "contortionniste" rappelle furieusement Mégane dans "L'exorciste", les cerbères de la mythologie grecolatine, l'église de "La Malédiction", le village dont on ne peut sortir rappelle "Le prisonnier", le cycliste rappelle furieusement certaines scènes de la psychédélique série "Twin Peaks" de Lynch, ...).
Carpenter s'amuse furieusement dans ce film, ainsi que Sam Neill qui aurait pu devenir une véritable icône du cinéma d'horreur (il avait déjà joué dans le fabuleux "Event Horizon" et dans le sympathique "Jurassic Park"), à l'instar d'un Jeffrey Combs ou d'un Bruce Campbell, s'il avait eu la "malchance "de commencer sa carrière dans ce créneau (les deux acteurs cités en comparaison, pourtant excellents, n'ont jamais eu la confiance des producteurs pour jouer dans d'autres types de films). Dotés de scènes mémorables (je ne me lasserai jamais des tentatives de fuites avortées de Trent...qui revient à son point de départ à chaque fois!), le film offre quantité de niveau de lecture différents; c'est à celà que l'on repère un classique.
Il est à signaler qu'il ne faut surtout pas se fier au packaging fastueux de l'édition DVD Metroplitan; les bonus sont peu utiles: Carpenter ne sait décidément pas parler de ces films face à une caméra (faut dire, en sept minutes!), le reste n'est que du merchandising. Seule l'interview de Greg Nicoreto (disciple de Tom Savini, maître des effets spéciaux craspecs) est agréable à suivre. Le seul mérite de cette édition DVD, et c'est tout ce qu'on lui demande, est une copie irréprochable de ce film majeur du cinéma fantastique américain. Pour ceux qui voudraient s'informer sur l'oeuvre de Carpenter, je conseille la lecture de "Mythes et Masques, les fantômes de John Carpenter" et de "John Carpenter par John Carpenter".
Carpenter prouve une fois de plus avec ce film qu'il est l'un des cinéastes indépendants les plus importants des trente dernières années. Un classique à voir et à revoir!
Réalisé en 1995, "L'antre de la folie " est, avec "Le Prince des ténèbres", le métrage le plus terrifiant réalisé par John Carpenter. La relation acteur-personnage-réalisateur-spectateur est ici portée à son paroxisme: lequel de ces actants du cinéma joue avec les autres, lequel mène la danse? Cette question, Carpenter se la posait déjà brillamment dans le classique de 1978 "Halloween" avec l'utilisation de la caméra subjective (on ne sait jamais vraiment quand il s'agit d'un simple plan de caméra ou des yeux de Michael Myers, le tueur du film) et tente une réponse avec ce film (à noter qu'il ira encore plus loin dans cette réflexion avec l'incroyable "La fin absolue du monde", épisode de la saison 1 des Masters of Horror que je vais bien finir par présenter sur ce blog). John Trent, au départ maître de son destin, devient le pantin de l'écrivain Sutter Cane. Le film est servi par un casting absolument fabuleux, que ce soit dans les rôles principuax ou dans la figuration: chaque personnage est d'une crédibilité à toute épreuve.
Le film mélange les références réelles (on ne peut s'empêcher de penser à Stephen King avec le personnage de Cane vivant tranquille dans un petit village; le personnage principal porte le prénom du réalisateur, ...) et la culture fantastique (nombreuses références à l'oeuvre de l'écrivain H.P. Lovecraft, la scène de la "contortionniste" rappelle furieusement Mégane dans "L'exorciste", les cerbères de la mythologie grecolatine, l'église de "La Malédiction", le village dont on ne peut sortir rappelle "Le prisonnier", le cycliste rappelle furieusement certaines scènes de la psychédélique série "Twin Peaks" de Lynch, ...).
Carpenter s'amuse furieusement dans ce film, ainsi que Sam Neill qui aurait pu devenir une véritable icône du cinéma d'horreur (il avait déjà joué dans le fabuleux "Event Horizon" et dans le sympathique "Jurassic Park"), à l'instar d'un Jeffrey Combs ou d'un Bruce Campbell, s'il avait eu la "malchance "de commencer sa carrière dans ce créneau (les deux acteurs cités en comparaison, pourtant excellents, n'ont jamais eu la confiance des producteurs pour jouer dans d'autres types de films). Dotés de scènes mémorables (je ne me lasserai jamais des tentatives de fuites avortées de Trent...qui revient à son point de départ à chaque fois!), le film offre quantité de niveau de lecture différents; c'est à celà que l'on repère un classique.
Il est à signaler qu'il ne faut surtout pas se fier au packaging fastueux de l'édition DVD Metroplitan; les bonus sont peu utiles: Carpenter ne sait décidément pas parler de ces films face à une caméra (faut dire, en sept minutes!), le reste n'est que du merchandising. Seule l'interview de Greg Nicoreto (disciple de Tom Savini, maître des effets spéciaux craspecs) est agréable à suivre. Le seul mérite de cette édition DVD, et c'est tout ce qu'on lui demande, est une copie irréprochable de ce film majeur du cinéma fantastique américain. Pour ceux qui voudraient s'informer sur l'oeuvre de Carpenter, je conseille la lecture de "Mythes et Masques, les fantômes de John Carpenter" et de "John Carpenter par John Carpenter".
Carpenter prouve une fois de plus avec ce film qu'il est l'un des cinéastes indépendants les plus importants des trente dernières années. Un classique à voir et à revoir!
Bienvenue chez les Ch'tis
Un directeur de bureau de poste (Kad Merad) cherche à se faire muter sur la côte d'azur avec sa famille, afin que sa femme soit un peu moins dépressive. Afin d'obtenir un de ces postes tant convoité, il décide de se faire passer pour handicapé afin d'arriver en tête des candidatures.
Il est pris la main dans le sac et, comme réprimande, est muté dans le Nord-Pas-de-Calais. Il se liera d'amitié avec son équipe et entre autre avec le facteur (Dany Boon).
On ne peut que se réjouir du succès d'un film européen, mais on ne peut aussi que se poser des questions quant au succès incroyable du film de Dany Boon, qui bat à plat de couture le précédent record d'affluence dans les salles obscures détenu par le classique "La Grande Vadrouille". On retrouve le thème classique du personnage se croyant très supérieur (le directeur) qui va se lier d'amitié avec les habitants du coin qu'il prenait, avant de les rencontrer, pour des dégénérés; les scènes les plus drôles du film sont en effet, à mon sens, celles dans lesquelles Kad Merad est obligé de mentir à son épouse au téléphone. celle-ce est persuadée qu'il est impossible que son mari se plaise dans cette région sinistrée. L'amitié que portent à leur directeur les gens du bureau de poste est telle qu'ils iront jusqu'à simuler une fausse cité minière peuplée de crétins congénitaux afin de dégoûter la femme de leur chef de bureau pour qu'elle retourne dans le sud.
Nous avons bien sûr droit au classique happy-end.
Comment expliquer ce succès? Le thème du film est du revu et corrigé; il ne brille pas par son originalité. Les acteurs? Certes excellents (j'aime pas Dany Boon et ici, je l'ai trouvé sympa; Kad Merad fait bien sourire), avec de bons caméos (Michel Galabru, hilarant sur ses deux minutes d'écran), mais aussi avec des choix plus discutables (Line Renaud, insupportable comme à son habitude). La situation économique en France, qui n'est pas au beau fixe, les gens ont besoin de rigoler avec une bonne comédie populaire? Sans doute... Mais bon...
Si le film est, on ne peut le nier, vraiment sympathique, je ne peux néanmoins qu'affirmer ce que j'ai toujours pensé au sujet des distributeurs de films: ils profitent du fait que le spectateur lambda aime de "bons" dialogues avec de "bonnes" grosses blagues bien lourdes (le cul, les accents, ...) et maintiennent ainsi à l'affiche durant des mois ce qui fonctionne, au détriment d'autres films qui restent une semaine (l'excellent "The Mist", pour ne citer que cet exemple) voir qui ne sont même pas distribués... Car "Bienvenue chez les Ch'tis" n'est tout de même rien d'autre qu'une comédie moyennement drôle...
Succès populaire OK, cinéma populaire OK, mais quand pense-t-on au cinéphile? N'est-il pas possible de concilier les deux? Est-on obligé, à l'heure où j'écris ces lignes, de maintenir encore deux salles sur 14 pour le film de Boon et d'en réserver 5 sur 14 (si si! 5) pour le dernier Indiana Jones au complexe d'Imagibraine?
A croire qu'il ne sort qu'une cinquantaine de films par an...
Il est pris la main dans le sac et, comme réprimande, est muté dans le Nord-Pas-de-Calais. Il se liera d'amitié avec son équipe et entre autre avec le facteur (Dany Boon).
On ne peut que se réjouir du succès d'un film européen, mais on ne peut aussi que se poser des questions quant au succès incroyable du film de Dany Boon, qui bat à plat de couture le précédent record d'affluence dans les salles obscures détenu par le classique "La Grande Vadrouille". On retrouve le thème classique du personnage se croyant très supérieur (le directeur) qui va se lier d'amitié avec les habitants du coin qu'il prenait, avant de les rencontrer, pour des dégénérés; les scènes les plus drôles du film sont en effet, à mon sens, celles dans lesquelles Kad Merad est obligé de mentir à son épouse au téléphone. celle-ce est persuadée qu'il est impossible que son mari se plaise dans cette région sinistrée. L'amitié que portent à leur directeur les gens du bureau de poste est telle qu'ils iront jusqu'à simuler une fausse cité minière peuplée de crétins congénitaux afin de dégoûter la femme de leur chef de bureau pour qu'elle retourne dans le sud.
Nous avons bien sûr droit au classique happy-end.
Comment expliquer ce succès? Le thème du film est du revu et corrigé; il ne brille pas par son originalité. Les acteurs? Certes excellents (j'aime pas Dany Boon et ici, je l'ai trouvé sympa; Kad Merad fait bien sourire), avec de bons caméos (Michel Galabru, hilarant sur ses deux minutes d'écran), mais aussi avec des choix plus discutables (Line Renaud, insupportable comme à son habitude). La situation économique en France, qui n'est pas au beau fixe, les gens ont besoin de rigoler avec une bonne comédie populaire? Sans doute... Mais bon...
Si le film est, on ne peut le nier, vraiment sympathique, je ne peux néanmoins qu'affirmer ce que j'ai toujours pensé au sujet des distributeurs de films: ils profitent du fait que le spectateur lambda aime de "bons" dialogues avec de "bonnes" grosses blagues bien lourdes (le cul, les accents, ...) et maintiennent ainsi à l'affiche durant des mois ce qui fonctionne, au détriment d'autres films qui restent une semaine (l'excellent "The Mist", pour ne citer que cet exemple) voir qui ne sont même pas distribués... Car "Bienvenue chez les Ch'tis" n'est tout de même rien d'autre qu'une comédie moyennement drôle...
Succès populaire OK, cinéma populaire OK, mais quand pense-t-on au cinéphile? N'est-il pas possible de concilier les deux? Est-on obligé, à l'heure où j'écris ces lignes, de maintenir encore deux salles sur 14 pour le film de Boon et d'en réserver 5 sur 14 (si si! 5) pour le dernier Indiana Jones au complexe d'Imagibraine?
A croire qu'il ne sort qu'une cinquantaine de films par an...
samedi 10 mai 2008
Un plan simple
Sorti en 1998, ce film adapté d'un roman est un peu l'oublié des réalisations de Sam Raimi ("Evil Dead I, II, III; Darkman, Spider-man 1, 2, 3, ...") alors qu'il a remporté le Prix Spécial du Jury au célèbre Festival du Film Policier de Cognac en 1999.
Alors qu'ils retournent chez eux, trois hommes dont deux frères (Bill Paxton "Apollo 13, Terminator, Titanic, Twister" et Billy Bob Thornton "Armageddon, Primary Colors") découvrent en pleine forêt l'épave d'un petit avion. Dans celle-ci, le cadavre du pilote à moitié bouffé par les corbeaux, mais surtout un sac contenant 4 millions quatre cents mille dollars. Comme le groupe est composé de deux chômeurs et d'un comptable payé des clopinnettes, ils décident de garder l'argent; c'est le comptable, campé par Bill Paxton, qui garde le magot durant trois mois et le redistribuera si personne n'enquête sur celui-ci.
Commence alors un véritable jeu de trahison, de méfiance et de paranoia dont aucun ne sortira indemne, l'épouse enceinte du comptable (Bridget Fonda, "Jackie Brown, Jeune fille cherche appartement, Singles, Nom de code Nina") agravant les choses pour protéger sa famille au détriment de n'importe quelle autre personne.
"Jusqu'où iriez-vous pour garder un tel magot?", telle est la question lancée par Sam Raimi qui s'interroge sur le fait de risquer une vie de famille bien tranquille pour une forte somme d'argent manifestement sale. Le film (deux heures quand même) ne repose sur aucun effet, n'abuse de longs plans silencieux; il place simplement quelques personnes face à une situation qui leur échappe de plus en plus, décrite au travers de fabuleux dialogues. Le casting est absolument brillant, mais Billy Bob Thornton se surpasse dans le rôle de Jacob, personnage candide à la limite de l'innocence qui se raccroche à son enfance perdue. Il n'est pas exagéré de dire qu'une grande partie de l'intrigue repose sur ce personnage simple, voyant le bien partout et allant de désillusion en désillusion, principalement en observant les actes de son frère et de sa belle-soeur qui se transforment tout deux en véritables psychopates.
Ce thème de riquer sa peau et celle de sa famille pour des liasses de pognon sera repris plus tard par Cormac MacCarthy dans son fabuleux roman de 2005 "No country for old man", adapté brillammant au cinéma par les frères Cohen en 2008 (frères qui ont coécrits 20 ans plus tôt "Mort sur le grill" avec...Sam Raimi). Un grand romancier aurait-il pu être influencé par un grand cinéaste? Ce n'est pas impossible..
Ce film est une preuve supplémentaire que Raimi ne fut découvert que sur le tard par les gros studios hollywoodiens; il avait déjà une réputation (méritée) de réalisateur talentueux (voir culte) dans les milieux indépendants du cinéma, mais c'est la trilogie Spider-man qui le fera découvrir du grand public. La presse se targue alors de déclarer que cette trilogie est le chef d'oeuvre de Raimi... Quelle désinformation! Si on ne peut nier les qualités des Spider-man, ce ne sont jamais que des adaptations réussies de comic book, dotées de budget parmi les plus costaux de l'histoire du cinéma. Facile pour un réalisateur de la trempe de Raimi de réussir alors des blockbusters internationaux.
Mais quel mérite par rapport à un "Evil Dead" réalisé à la débrouille (film qui lancera la carrière de Bruce Campbell, acteur culte du cinéma de genre), par rapport au risque de réaliser "Darkman" à une époque où l'on ne veut que des héros optimistes, par rapport à ce fapuleux "Plan simple"?
Ceux qui ne connaissent de Raimi que les Spider-man doivent d'urgence se plonger dans la filmographie antérieure du réalisateur, disponible aujourd'hui grâce à ce support magique qu'est le DVD!
Alors qu'ils retournent chez eux, trois hommes dont deux frères (Bill Paxton "Apollo 13, Terminator, Titanic, Twister" et Billy Bob Thornton "Armageddon, Primary Colors") découvrent en pleine forêt l'épave d'un petit avion. Dans celle-ci, le cadavre du pilote à moitié bouffé par les corbeaux, mais surtout un sac contenant 4 millions quatre cents mille dollars. Comme le groupe est composé de deux chômeurs et d'un comptable payé des clopinnettes, ils décident de garder l'argent; c'est le comptable, campé par Bill Paxton, qui garde le magot durant trois mois et le redistribuera si personne n'enquête sur celui-ci.
Commence alors un véritable jeu de trahison, de méfiance et de paranoia dont aucun ne sortira indemne, l'épouse enceinte du comptable (Bridget Fonda, "Jackie Brown, Jeune fille cherche appartement, Singles, Nom de code Nina") agravant les choses pour protéger sa famille au détriment de n'importe quelle autre personne.
"Jusqu'où iriez-vous pour garder un tel magot?", telle est la question lancée par Sam Raimi qui s'interroge sur le fait de risquer une vie de famille bien tranquille pour une forte somme d'argent manifestement sale. Le film (deux heures quand même) ne repose sur aucun effet, n'abuse de longs plans silencieux; il place simplement quelques personnes face à une situation qui leur échappe de plus en plus, décrite au travers de fabuleux dialogues. Le casting est absolument brillant, mais Billy Bob Thornton se surpasse dans le rôle de Jacob, personnage candide à la limite de l'innocence qui se raccroche à son enfance perdue. Il n'est pas exagéré de dire qu'une grande partie de l'intrigue repose sur ce personnage simple, voyant le bien partout et allant de désillusion en désillusion, principalement en observant les actes de son frère et de sa belle-soeur qui se transforment tout deux en véritables psychopates.
Ce thème de riquer sa peau et celle de sa famille pour des liasses de pognon sera repris plus tard par Cormac MacCarthy dans son fabuleux roman de 2005 "No country for old man", adapté brillammant au cinéma par les frères Cohen en 2008 (frères qui ont coécrits 20 ans plus tôt "Mort sur le grill" avec...Sam Raimi). Un grand romancier aurait-il pu être influencé par un grand cinéaste? Ce n'est pas impossible..
Ce film est une preuve supplémentaire que Raimi ne fut découvert que sur le tard par les gros studios hollywoodiens; il avait déjà une réputation (méritée) de réalisateur talentueux (voir culte) dans les milieux indépendants du cinéma, mais c'est la trilogie Spider-man qui le fera découvrir du grand public. La presse se targue alors de déclarer que cette trilogie est le chef d'oeuvre de Raimi... Quelle désinformation! Si on ne peut nier les qualités des Spider-man, ce ne sont jamais que des adaptations réussies de comic book, dotées de budget parmi les plus costaux de l'histoire du cinéma. Facile pour un réalisateur de la trempe de Raimi de réussir alors des blockbusters internationaux.
Mais quel mérite par rapport à un "Evil Dead" réalisé à la débrouille (film qui lancera la carrière de Bruce Campbell, acteur culte du cinéma de genre), par rapport au risque de réaliser "Darkman" à une époque où l'on ne veut que des héros optimistes, par rapport à ce fapuleux "Plan simple"?
Ceux qui ne connaissent de Raimi que les Spider-man doivent d'urgence se plonger dans la filmographie antérieure du réalisateur, disponible aujourd'hui grâce à ce support magique qu'est le DVD!
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